Christian Cabrol


Cabrol

Le professeur Christian Cabrol fut responsable du service des urgences de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière au début des années 60. Il est connu pour avoir réalisé, en 1968, la première greffe du coeur en Europe, en 1982, la première transplantation cardio-pulmonaire et en 1986, la première implantation de coeur artificiel en France. Toujours dans le domaine de la transplantation, il assurera la présidence de l'Association France Transplant de1989 à 1996.

Né le 16 septembre 1925,Christian Cabrol suivra l'exemple de son grand-père, médecin de campagne. Il entreprendra des études de médecine qui le conduisent à s'intéresser à la chirurgie pulmonaire puis à la chirurgie cardiaque. Il complétera sa formation pendant un an aux États-Unis chez Lillehei (1957) ou il rencontrera Christian Barnard, également en formation.

Aux États-Unis, Christian Cabrol et Christian Barnard rencontrent Norman Shumway, responsable d'un petit service à l'université de Stanford qui travaillait sur les greffes du coeur chez le chien. C'est lui qui a mis au point la technique chirurgicale de transplantation orthotopique du coeur.

En 1967, C. Barnard était revenu aux États-Unis pour voir où en était la chirurgie de transplantation cardiaque et, ayant vu les résultats obtenus par N. Shumway sur ses chiens, il était retourné au Cap, en Afrique du Sud, convaincu que l'opération pouvait marcher.

Bien que N. Shumway était mieux placé que lui sur le plan technique pour tenter une transplantation cardiaque chez l'homme, le contexte américain rendait la chose difficile. Au début du mois de décembre 1967, C. Barnard franchissait le pas et réalisait la première greffe cardiaque humaine.

A Paris, C. Cabrol effectue sa première transplantation le 27 avril 1968. Malheureusement, le malade meurt 2 jours plus tard comme il nous le raconte :

Cabrol

Nous avions la chance d'avoir deux salles d'opération contiguës, une grande et une petite. Dans la grande salle, Gérard Guiraudon a commencé à opérer M. Roblain, tandis que dans la petite, je prélevais le coeur de l'homme dont la famille nous avait autorisés à faire le prélèvement. Nous prenions beaucoup de précautions et cela a été très long. Je me souviens fort bien des différentes phases de cette opération, mais surtout du moment où, tout étant prêt, on a enlevé le coeur de M. Roblain. C'était un coeur énorme, qui ne battait presque pas.

C'était terrible à voir. Quand on a placé le coeur que je venais de prélever, un coeur normal qui n'était pas plus gros que mes deux poings réunis, dans cette très grande cavité péricardique qui avait contenu le coeur de M. Roblain, on s'est dit qu'on n'allait jamais y arriver, que c'était trop disproportionné. Quand tout fut en place, les sutures faites, et que tout semblait parfait, est venu le moment de faire repartir le coeur. Nous avons pris le défibrillateur, lancé le choc électrique et le coeur est reparti. Je dois dire que ce fut un moment particulièrement émouvant. ... Tout le monde était secoué. Je me suis alors souvenu de la réflexion de Barnard, après sa première greffe : "Ce n'est pas possible, ça marche!"

La tension fut d'emblée normale : 12-8, le coeur parfaitement régulier, la circulation excellente, tout allait très bien, il n'y avait pas de problèmes. Nous étions sidérés par notre réussite. Malheureusement les choses n'ont pas bien tourné. Quelques heures plus tard, le coeur est entré en défaillance et ce fut d'emblée dramatique. Pendant plus de quarante-huit heures, nous nous sommes battus jour et nuit pour essayer de maintenir le coeur en marche. Finalement, il s'est arrêté et il n'y a rien eu à faire. Nous avons eu l'explication après : M. Roblain était mort d'une embolie pulmonaire. Allongé depuis des mois, il avait des caillots dans toutes les veines des membres inférieurs. Quand le coeur neuf a rétabli une circulation énergique, un courant sanguin important, des caillots ont été délogés de la paroi des veines et charriés jusqu'au coeur et aux poumons, provoquant une embolie. Si on avait fait aussitôt le diagnostic, on aurait pu tenter de réopérer et d'ouvrir l'artère pulmonaire, le tirant peut-être d'affaire.


Dernières modifications : 1 mars 2014