Témoignage


Les problèmes de santé ne sont pas toujours le fruit du hasard !

Patrick Brocka

Chers lecteurs,

Enfin…, je me suis décidé à parler de mon aventure de greffé !

J’'avais presque huit ans,… c'’était une belle matinée d'’automne qui s'’annonçait.… Après une nuit mouvementée et pleine d'émotion, j'ai eu une syncope lors de ma toilette matinale.

A l’'âge de 12 ans, je fis plusieurs chutes de tension : soit à la suite d'un grand refroidissement, soit en visionnant un film d'’horreur, mais bien souvent lors d'une émotion forte, ce que les généralistes appellent généralement une "syncope vagale". Quelques années plus tard, lors du décès de mon beau-père à l'hôpital, je fis une chute sur le sol, heureusement sans conséquence grave !

Parfois, je me pose la question : comment suis-je dans la vie ? Suis-je quelqu'’un d'’actif, de super actif, de "normal" ? Peut-on appeler "active" une personne qui se contente de prester ses 8 heures, sans plus ? Ou bien, est-elle simplement normale ? Cela dépend évidemment de l'’endroit où l'on vit, du milieu dans lequel on se trouve, mais également de son tempérament.

Je pense avoir été "super actif" avant ma greffe cardiaque, donc avant mes 46 ans. J'étais passionné par mon travail d'électricien. Plus important était le chantier, plus le challenge me plaisait. C'était chouette ! Passionné par le sport, l'aïkido, la course à pied, le motocross, la marche longue distance, la musique, le chant, la percussion, je vivais ma vie pleinement avec encore les discothèques, les restaurants et de grands risques (parachutisme, stock kart). Ma devise était : un esprit sain dans un corps sain... Peut-être ? Jusqu'au moment où, ne parvenant pas à trouver le sommeil je me mis à penser, à réfléchir la nuit, parfois avec anxiété ce qui diminua progressivement mon temps de repos.

Combien de fois, entre 1985 et 1995, étais-je heureux de partir en vacances ! Mais ces trois semaines ne suffisaient plus pour récupérer, à la fois mentalement et physiquement. Ce fut le début de mes problèmes cardiaques, mais je ne le savais pas encore ! Parfois, je devais me coucher sur le sol pour pouvoir reprendre ma respiration. Malgré cela, après une aspirine je reprenais mon activité.

Peu avant la fin de l'année 98, j'avais beaucoup de dépannages et j’'éprouvais un certain stress. Après les fêtes, je ne parvenais plus à trouver le sommeil ou je dormais très mal. Puis, arriva la nuit du 19 janvier 1999 ! Alors que mon épouse souffrait d'’une sérieuse grippe intestinale, à 1 h 30 une douleur forte au bras droit vint me réveiller. Comme une crampe ! Lentement, la douleur se déplaça vers le centre de la poitrine… et je me rendis dans la salle de bains pour me frictionner de Voltaren. Ma femme se réveilla et me dit : "il faut absolument aller à l'hôpital !" et quoique grippée, prit le volant et me conduisit à Braine-l'Alleud. Une demi-heure plus tard, je suis tombé en syncope, entouré de deux médecins. Ils m'avaient mis une pilule en dessous de la langue, puis... plus rien. Un petit réveil de temps à autre, je me rendis compte que je perdais le contact avec la vie. Deux jours plus tard, un autre petit coucou aux soins intensifs. Après quelques jours, je pus enfin retourner dans une chambre au 2e étage. Le cardiologue me rendit une petite visite et m’'expliqua doucement la nécessité d’'une greffe cardiaque : je souffrais d'’une myopathie en phase terminale ! Tout s'effondrait dans ma tête, je ne pouvais accepter ce que le docteur De Myttenaere venait de me dire à l'instant !
"Qu'est-ce qu'il raconte celui-là ? Il se trompe sûrement !"

Peu à peu j'’ai dû me rendre à l'évidence, je cheminais vers la fin de ma vie. Combien de temps me restait-il ?

Le dimanche suivant, je fus transféré à Anderlecht, à l'hôpital universitaire Erasme. J’'y suis resté quelques jours pour des examens. J'étais anxieux quant à savoir si je pouvais être greffé ou non.

Après une réunion entre les spécialistes, le docteur Primo, les docteurs Vachiery et Mme Antoine, la psychologue Mme Coustry et le service de coordination de transplantation, enfin vint la réponse positive : je pouvais être greffé !

Sur la liste nationale, on m'avait mis en 32e position : quelle horreur ! C'est la fin ! Il ne faut pas rêver : les médecins ont l'art de vous encourager. Première période difficile.

Au cours du mois de février 99, ma jambe et mon bras droits étaient souvent froids et de temps à autre je les réchauffais en les frottant de la main gauche. Malgré ces difficultés, je restais un peu actif : le ménage, un peu de marche dans la maison et dans la rue. Quand j'avais un peu mal à la tête, surtout du côté gauche, je me mettais au lit pour faire mieux circuler le sang dans le cerveau. J'avais la hantise de perdre mes facultés mentales ou physiques. Les journées étaient parfois longues, mon moral était parfois très bas. Eh oui ! C'est bien fini.
Parfois à table, devant mon assiette, je pleurais. Quelle période difficile pour mon épouse et mon entourage !

Malgré tout leur savoir-faire, les spécialistes ne peuvent pas se mettre à votre place, ne savent pas ce que vous pouvez ressentir, même si vous leur faites confiance. Avons-nous le choix ? Il subsiste toujours un doute au fond de soi. Lorsqu’'on aime la vie, l'aventure, les défis, un rien prend beaucoup d'importance : le regard du chat, l'oiseau sur la branche, les enfants, la famille… et on prend le risque de se faire greffer.

J'aime entendre dire, par certaines personnes parfois très proches des greffés : "ce n'est plus rien maintenant de se faire greffer !" Malheureusement, cela n'est pas toujours exact. Nous ne sommes plus la même personne que nous étions avant.

Le pire de tout chez certains, c'est d'’être abandonné, c'’est de voir son entourage prendre une certaine distance. Heureusement, pour la plupart d'entre nous cela ne se passe pas comme ça.

Patrick Brocka
Journal n° 56 - avril 2010


Dernières modifications : 8 mars 2014