Sémaphones


Ce titre au demeurant étrange en première lecture pourrait faire sourire si ces onomatopées ne recouvraient en fait une réalité toujours stressante, rassurante souvent, salvatrice parfois.

Je veux parler des appareils mis au point et diffusés dans le pays sous le vocable général de sémaphones par la RTT et plus précisément de sématones (qui est une marque et un type de sémaphones), connus par le grand public sous le nom de Bip ! Ce sont ceux que les personnes importantes ou indispensables portent sur elles afin de pouvoir être jointes à tout moment de la journée (et de la nuit, plus souvent).

Je ne citerai, à titre d'exemple, pour ne pas être trop long, que les médecins et chirurgiens de l'hôpital Erasme qui journellement, inlassablement, sont traqués par l'appareil indiscret qui les surprend où qu'ils se trouvent et quoiqu'ils fassent. C'est l'aspect stressant de ce diabolique engin.

Mais, c'est également celui que les personnes en attente de greffe ont à leur disposition quand, comme un coup de massue leur est communiqué, qu'elles peuvent rentrer chez elles, mais qu'étant mises sur une liste d'attente, elles sont tenues de rejoindre l'hôpital dans les plus brefs délais en cas de disponibilité d'un organe compatible à leur cas.

Par le passé (pas tellement lointain), ces patients étaient obligés de rester à leur domicile rivés à leur téléphone (ceux qui en avaient un), sursautant à chaque sonnerie et souvent en vain, l'appel ne provenant que d'une personne prenant de leurs nouvelles, en toute générosité.

Ayant vécu ce genre de supplice, trois personnes au départ, ont imaginé de créer une association ayant pour but d'informer, de soulager et enfin d'aider ceux qui les suivaient : leurs noms méritent d'être cités ; les anciens les connaissent bien, les autres moins ou pas du tout. Ce sont De Munck Jean, Staffleri Roger, Velez Marcel, co­fondateurs de l'Association Nationale des Greffés Cardiaques. Moyennant une cotisation très modique, ils sont parvenus à structurer entre autres choses, un financement pour la location à l'époque de quelques sémaphones mis à disposition de patients en attente.

Ces trois personnes sont les pionnières. Si Roger Staffleri nous a quittés en 1990 (le jour des 20 km de Bruxelles, le 27 mai), les deux autres sont toujours là, bon pied bon oeil et toujours dévoués.

Les nouveaux patients ont donc, toute proportion gardée, une autonomie plus grande, ne devant dès lors plus être confinées à domicile pour être appelées par leur centre de transplantation. C'est le côté rassurant de ces Bips! L'aspect salvateur du sématone saute aux yeux immédiatement.

S'il n'était pas toujours possible de toucher rapidement un futur patient en attente (téléphone occupé ou absence de la personne), il n'en va plus de même avec le sématone, pour autant que le titulaire ait pris la précaution de le mettre sur écoute, ce qui réduit dans une proportion appréciable la perte de temps en cas d'appel.
Ce retard, peut dans certains cas, être préjudiciable au bon déroulement de la greffe envisagée ; c'est donc de première importance, c'est le but de notre action à ce niveau.

C'est ici que je tiens à marquer l'Importance de l'A.N.G.C. Car, s'il est vrai que ces appareils sont mis à la disposition des patients par la ou les psychologues de l'hôpital, et de fait à juste titre, puisque ces patients mis sur liste sont également des "secrets médicaux" et échappent, par conséquent, aux responsables de l'association, il n'en demeure pas moins vrai que ces sématones sont la propriété exclusive de l'Association nationale des Greffés Cardiaques qui a procédé à l'achat, prend en charge la location et la maintenance de ces appareils.

Le total de cette somme à débourser représente pour nous le poste le plus onéreux du budget de l'A.N.G.C. Il ne faudrait pas oublier, en effet, que si l'achat de ces sématones n'est pas répercuté tous les ans dans le budget, il n'en va pas de même pour la location de ceux-ci.

La structure même de l'A.N.G.C. (ASBL) génère évidemment des difficultés d'ordre économique ; en dehors de dons reçus en majorité par d'anciens patients désirant exprimer par ce biais leur reconnaissance ou leur solidarité à notre association, seule la cotisation des membres reste le seul apport financier or, comme le déclarait récemment notre président Fernand Magdonnelle, celles-ci couvrent à peine les frais de la revue éditée par nos soins.

Alors, comment faire ?

Par le travail acharné et continu de certains membres à la recherche d'appuis financiers auprès de diverses firmes pour développer certaines activités (conférences, débats) ou amplifier encore à l'aide de greffés d'autres pays, les 20 km de Bruxelles dont l'effet médiatique est indéniable et favorise de ce fait les possibilités pour notre association d'être connue et reconnue, mais surtout aidée.

C'est également vrai pour les jeux européens des greffés cardiaques qui ont eu lieu à Hayes (Angleterre) en septembre 91 et qui constituèrent sur le plan de l'impact au niveau des médias (anglais, dans ce cas-ci) un apport non négligeable à la sensibilisation du public au problème du don d'organes.

La vente des cartes de vœoeux en fin d'année constitue également et en ordre principal, elle, le moyen de financer ces fameux sématones ; certaines personnes peu intéressées dans notre groupe devraient y songer et jeter un regard vers un passé pas si lointain, lorsqu'elles étaient elles-mêmes au coeœur d'un gros problème et réflexion faite, se mobiliser avec plus de détermination.

Ayons toujours à l'esprit que l'ANGC est comme l'auberge espagnole : on y trouve ce qu'on y apporte ! Il n'y a pas de miracle ; si l'on veut continuer à aider les futures personnes en attente de greffe à l'aide des sématones, il faut du dévouement désintéressé, du courage, mais surtout la volonté de donner à autrui le soutien et l'aide morale dont on a soi-même bénéficié.

G.D.M.
Journal n° 23 - Mars 1992.

La fin d'une époque

Un des buts de notre association, créée en juillet 1985, était d’aider les greffés moralement, en apportant un certain confort aux futurs opérés.

Pendant près de 19 ans, l’association a donc remis aux futurs transplantés le précieux petit appareil (bip ou beep) qui leur permit de ne pas rester continuellement devant leur téléphone à attendre le coup de téléphone salvateur.

Dotée de 2 sémaphones (26 avril 1986) le nombre d’appareils augmentera petit à petit et en 1999 nous pouvions nous enorgueillir d’en posséder 53.

Mais tout évolue… et a malheureusement une fin. Suite à l’évolution technologique de la téléphonie, ces appareils ont été de moins en moins utilisés et ont été remplacés peu à peu par le téléphone portable, pour finalement, ne plus être utilisés.

Le 31 décembre l’association, précédant Belgacom qui mettra fin à ce service en juin 2006, a décidé de stopper le prêt du Bip-bip dont la sonnerie a fait "bondir" pas mal d’entre nous.

C. V.
Journal n° 51, mars 2006